Un Peu d'Histoire

Les origines du jeu d’échecs se perdent dans la nuits des temps. En fait, les historiens et spécialistes sont à peu prêt d'accord pour fixer le premier jeu d'échecs (ou son grand frère) en Inde au VI éme siècle de notre ère... Néanmoins, aucun écrit ne permet d'affirmer ces hypothèses. Mais si l'origine du jeu est difficile à fixer avec précisions, de nombreux pays (Egypte, Grèce, Chine…) revendiquent l’invention car il existe plusieurs jeux anciens plus ou moins voisins de l’actuel jeu d’échecs.

La plupart des historiens sont maintenant d’accord pour dire que les pièces les plus anciennes datent environ de l’an 600. C’est également la date approximative des premières références au jeu d’échecs dans la littérature. Connu tout d’abord sous le nom de Chaturanga (jeu qui se jouait avec 4 armées), il se propagea sur les routes du commerce et des conquêtes d’abord en Perse puis dans l’empire byzantin et dans le reste du continent asiatique.

L'Europe découvrira le jeu aux alentours de l'an mil grâce à l'influence arabe exercée tout autour de la méditerranée et plus particulièrement dans la péninsule ibérique. Les croisades auront également un rôle important car malgré l'atrocité des combats et les milliers d'innocents morts, l'apport des échanges entre l'Occident et l'Orient furent particulièrement nombreux et importants.

De nombreuses légendes racontent la naissance du jeu d'échecs,
voici les plus connus :

La légende du brahmane Sissa :
Au Vè siècle de notre ère, vivait en Inde un jeune monarque très puissant, d'un excellent caractère au demeurant, mais que ses flatteurs corrompirent. Ce prince en oublia bientôt que les rois doivent être les pères de leurs peuples, que l'amour des sujets pour leur roi est le seul appui solide du trône, dont ils font toute la force et la puissance. Les brahmanes lui rappelèrent ces importantes maximes. Mais enivré de sa grandeur qu'il croyait inébranlable, il méprisa leurs sages remontrances. C'est alors que selon la légende, le brahmane
Sissa entreprit indirectement de faire ouvrir les yeux au jeune prince. Dans ce but, il imagina et inventa le jeu d'Echecs, où le Roi, bien que la plus importante de toutes les pièces, est impuissant pour attaquer et même pour se défendre contre ses ennemis sans le secours de ses sujets. Le nouveau jeu, rapidement, devint célèbre. Et le roi qui en entendit parler voulut l'apprendre. En lui expliquant les règles, le brahmane Sissa lui fit goûter des vérités importantes qu'il avait refusé d'entendre jusque-là. Le prince, sensible, changea petit à petit de conduite, et, reconnaissant de lui avoir ouvert les yeux il laissa au brahmane le choix d'une récompense. Celui-ci demanda, à la surprise du prince, qu'on lui donna le nombre de grains de blé que produirait le nombre de cases de l'échiquier, un seul pour la première, deux pour la seconde, quatre pour la troisième, et ainsi de suite en doublant jusqu'à la soixante-quatrième. Aucune difficulté pour accèder sur le champ à la modicité apparente de cette demande. Mais quand ses trésoriers en eurent fait le calcul, ils arrivèrent au chiffre de : 18.446.744.073.709.551.615 (soit toute les moissons de la Terre pendant environ cinq mille ans). Pour pouvoir se former quelque idée d'un nombre aussi prodigieux de grains de blé, il faut savoir que l'hectolitre de blé contient environ 1.530.000 grains. Le roi s'était donc engagé à une chose pour laquelle tous ses greniers et ses trésors ne suffiraient pas. La légende raconte que le brahmane Sissa se servit encore de cette occasion pour faire sentir au prince combien il importe aux rois de se tenir en garde contre ceux que l'on abuse de leurs meilleures intentions. 

Cette légende est la plus célèbre concernant l'origine du jeu d'échecs et elle était déjà connue au Moyen Âge puisqu' on la retrouve dans les œuvres *d'Averroès et de *Leonardo Fibonacci.

  * Averroès : Philosophe arabe qui a vécu de 1126 à 1198, et qui est surtout connu pour ses     commentaires sur les oeuvres d'Aristote.
  
* Léonardo Fibonacci de Pise (1170-1230) très grand mathématicien. Connu également comme     spécialiste des algorithmes à la cour de Frédéric II à Palerme, il a écrit le "Liber abaci" et la     "Practica geometriae.

La légende Firdusi :
Firdûsî (environ 935-1020), appelé aussi l'Enchanteur, se nommait en réalité Abu al-Qasim Mansur et il était le fils d'un petit propriétaire terrien. Il fut longtemps poète de cour du sultan Mahmud, mais tombé en disgrâce, il dut s'enfuir. Son œuvre majeure fut le Shâh-Nâme, c'est à dire Le Livre des Rois, qu'il rédigea en trente ans environ. Composé de 50 000 distiques, cette œuvre, écrite dans une langue néo-persane colorée et harmonieuse, rassemble pratiquement toutes les légendes concernant l'histoire de l'Iran, depuis son origine.

Ainsi Firdûsî, nous raconte dans Le Livre des Rois qu'un souverain indien, très riche et très sage, mourut subitement. Comme son fils, appelé Gav, n'était âgé que de quelques années, c'est le frère du roi défunt qui prit le pouvoir. Le nouveau roi épousa la veuve de son frère dont il eut un fils appelé Talhend, mais le souverain mourut également au bout de quelques années. Comme les deux enfants avaient respectivement sept et deux ans, c'est la mère qui devint reine de son peuple. Elle gouverna avec justice et sagesse, et essaya d'élever ses deux fils de façon qu'il n'y ait pas de brouilles ne de différends entre eux, en les confiant à deux prêtres.

Les deux précepteurs, contrairement à ce que souhaitait le reine, alimentèrent la haine et l'hostilité chez les deux frères, hostilités qui se transforma rapidement en lutte ouverte. Tous les deux aspiraient au trône, Gav en tant qu'aîné, Talhend en tant que fils du dernier roi, et ils prirent chacun la tête de deux factions opposées. Mais, sourd aux prières de sa mère, il refusa la tentative de paix proposée par son frère aîné et rassembla d'autres soldats pour une nouvelle bataille. Alors Gav, conseillé par son ministre, proposa que les deux armées se rencontrent dans un fossé profond, rempli d'eau, afin qu'aucun combattant ne puisse s'enfuir : ainsi, la victoire reviendrait définitivement à l'un ou l'autre frère. Talhend accepta la proposition et les deux armées s'affrontèrent sur le lieu choisi. La bataille fit rage, l'armée de Talhend céda progressivement et ce dernier, immobilisé sur son éléphant, sans nourriture, accablé par le vent et le soleil, mourut lentement. Son frère victorieux rendit à la dépouille les honneurs funéraires les plus solennels.

La mère, apprenant la mort de son fils cadet, se désespéra, persuadée qu'il avait été assassiné par son frère et, selon les coutumes des femmes indiennes, se fit préparer un bûcher. Gav accourut et essaya d'apaiser la colère et le désespoir de sa mère qui, peu convaincue, voulut connaître les moindres détails de la mort de Talhend.

Tous les rescapés de la bataille furent alors convoqués et, pour donner une représentation visuelle et donc plus expressive du combat, on prépara une table carrée, divisée en plusieurs cases, sur laquelle on disposa des pièces taillées dans le bois qui représentaient les deux armées adverses. La bataille faut reconstituée et la reine, finalement convaincue, régna à nouveau avec son fils Gav.

Cette légende est très évocatrice et nous fournit une explication sur l'origine et la nature de chaque pièce, modelée, selon le schéma de l'armée indienne. Dans le Livre des Rois de Firdûsî, on parle également beaucoup de l'introduction du jeu dans l'ancienne perse, à l'époque du grand roi sassanide Khosroe "à l'âme immortelle", qui a vécu de 531 à 579.

 Légendes Médiévales :
A partir du XIII me siècle, la pratique du jeu d'échecs est devenue courante en Occident. Des joueurs éclairés ont voulu assurer au "roi des jeux" le prestige et la légitimité de la haute Antiquité. De nombreuses fables et légendes ont alors circulé. Sachant que le jeu provenait d'Orient, certains ont imaginé le roi Salomon jouant aux échecs pour éblouir la reine de Saba. D'autres, le philosophe Xerxès offrant au roi de Babylone Evilmodorach ce jeu de guerre pour apaiser sa folie meurtrière. De plus, avisés, remarquant que la Bible ne fait pas mention des échecs, leur ont trouvé un "inventeur" dans le monde grec en associant deux illustres personnages qui faisaient déjà beaucoup rêver : Aristote aurait ainsi instruit le jeune Alexandre le Grand ....

Une autre légende remonte à la mythologie : Palamède (fils de Nauplios, roi d'Eubée et de Clyméné -1300 av. J.C), héros de L'Iliade et grand rival d'Ulysse, aurait inventé les échecs pour divertir l'armée grecque alors que le siège de Troie s'éternisait. Célèbre pour son intelligence, le Palamède grec reste celui auquel de nombreuses inventions sont attribuées : l'alphabet, les nombres, la monnaie, les dés ou encore le jeu de dames ... alors remplacé par celui des échecs.
Palamède, c'est aussi le nom d'un chevalier de la Table ronde qui occupe une place importante dans la littérature courtoise du XIII 7me siècle. Jouant sur l'homonymie avec le héros grec, la légende du roi Arthur fait de ce chevalier Palamède, fils du sultan de Babylone mais converti au christianisme, l'instructeur de ses compagnons d'armes avec ce jeu qu'il a rapporté d'Orient. Ce Palamède devient l'inventeur "idéal" du jeu d'échecs pour la société médiévale : il concilie fable avec de réelles origines orientales et pense le jeu comme un parcours initiatique qui s'inscrit dans la quête du Graal. Chevalier au mérite d'avoir livré "le plus noble des jeux", Palamède est représenté avec des armoiries "échiquetées d'argent et de sable", c'est-à-dire en damier noir et blanc. En s'appropriant le jeu, la société médiévale crée son propre mythe : pour de nombreux joueurs, Palamède demeurera "l'inventeur des échecs" jusqu'au ... XIX me siècle.    

Remarque : aujourd'hui il est clairement acquis que les grecs (comme les romains plus tard) ne connaissaient pas le jeu d'échecs. Il n'existe aucune référence à ce jeu.

La Légende de Perceval (Chrétien de Troyes) :
Poursuivant sa route, Perceval, finit par arriver devant une rivière. Parvenant à la traverser, il aperçoit par delà l'eau, un châtelet digne d'admiration posé sur un versant. Il arrive au château quelques chevauchées après. Perceval va droit à la tour, qui était digne d'admiration. Il descend de cheval et pousse la porte.
Au milieu, il y avait un échiquier peint d'azur et d'or fin. De la magnificence de ces échecs poli, d'émeraude et de rubis, il ne puis vous dire toute la beauté tant ils lançaient une grande clarté. Admirant les pièces, le héros
"pense en lui même" qu'il n'a jamais vu un jeu d'une telle richesse et, s'approchant du jeu, il prend un pion et le pousse en avant.
Alors mystérieusement, un pion du parti adverse se déplace tout seul. Perceval en repousse un autre et de nouveau, en face, un pion s'avance. Et le jeu se poursuit avec un adversaire invisible rendant coup pour coup ... au point que Perceval perd la partie. Notre chevalier demeure ébahi ... d'autant plus que les pions se replacent tout seuls sur leurs cases. Il engage une nouvelle partie. Mat cette
fois encore, il s'entête, rejoue, reperd ... et perd son sang-froid : ramassant les pions en pestant contre le jeu il va à la fenêtre pour les jeter dans l'eau de la rivière qui passe juste devant.
A cet instant comme surgissant de l'eau, une demoiselle se montre : vêtue de soie vermeille brodée d'or et semée d'étoiles d'or aussi claires que des chandelles, elle était, plus belle qu'aucune créature. Et cette merveilleuse apparition dit à Perceval :
Sire, les échecs sont en ma garde, ne les jetez point vous feriez grande vilénie. Dans le monde on ne peut trouver un aussi beau jeu. Aussi doit-on le garder.
Perceval répond qu'ainsi il fera et lui demande d'avoir la courtoisie de venir en sa compagnie. Elle acquiesce et, la prenant dans ses bras, à travers la fenêtre, il la dépose dans la chambre. Là, assis près de l'échiquier, et la contemplant, Perceval se dit qu'il n'a jamais vu une aussi ravissante personne au point qu'il soupire et se sent tout saisi d'amour pour cette étrange châtelaine. Ne pouvant cacher son désarroi il lui avoue sa passion et l'embrasse.
Se dégageant de son empreinte elle lui dit :
"Jamais d'aimer je ne fus requise ; vous êtes le premier. Toutefois soyez certain que si violence me faisiez entièrement taillé en pièces vous seriez. Mais si mon amour voulez avoir, il vous sera nécessaire d'aller dans le parc à côté et de chasser le blanc-cerf jusqu'à ce que vous puissiez l'atteindre. Si vous m'en rapportez la tête, mon amour aurez sans contredit".
Et voila, Perceval parti à la recherche de Cerf-Blanc.

Il existe un autre échiquier dans le Perceval de Chrétien de Troyes et qui intervient lors d'une aventure de Messire Gauvain. Ce dernier, accueilli cordialement en la cité d'Escavalon sur l'ordre du seigneur du lieu, ignore qu'il est introduit chez son pire ennemi. Et le seigneur, n'ayant jamais vu Gauvain (son hôte), ni demandé à celui qu'il invite si généreusement son identité, n'apprendra que plus tard sa méprise. En attendant Gauvain est conduit dans une tour auprès de la gracieuse sœur  du châtelain et le sémillant chevalier ne tarde pas à se montrer des plus courtois. Mais entre alors un vassal du seigneur qui, reconnaissant le preux, donne l'alerte à la cité. La cloche sonne l'alarme, manants et bourgeois s'arment et bric et de broc et encerclent la tour où Gauvain se retrouve sans armes tandis que la demoiselle s'évanouit. Sans armes ? Pas tout à fait puisqu'il portait au côté d'Escalibur, la meilleure épée qui fût capable de trancher le fer comme si c'était du bois, et que la demoiselle revenue à elle, loin de se montrer hostile à Gauvain, s'empresse de lui procurer une armure. Mais en ce lieu point de bouclier. Aussi "en guise d'écu se saisit-il d'un échiquier. "Mon amie, lui dit-il, inutile d'aller me chercher un autre écu". Il renverse les pièces sur le sol et se saisit de l'échiquier. La demoiselle, quant à elle, se met à la fenêtre et reproche avec véhémence aux assaillants de manquer aux lois de l'hospitalité et de prendre des initiatives aux allures de révolte. L'arrivée du seigneur mettra fin à l'émeute et un accord sera conclu entre lui et Gauvain.

Le fabuleux jeu d'échecs n'a pas fini de faire rêver sur ses origines lointaines et mystérieuses. On cite ainsi parfois encore parmi les éventuels inventeurs des échecs :

· Pyrrhus, roi d'Epire (295-272 avant J.C.)
* Attalos, roi de Pergame en Asie (de 241 à 197 avant J.C.)
* Chilon, Lacédémonien, l'un des sept sages de la Grèce, cité par Sénèque.
* Diomède, Grec contemporain d'Alexandre le Grand..

 

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